L’ère du temps

Créer a toujours été, pour moi, une expérience d’unification avant d’être un moyen d’expression. Notre ère hyper-industrielle est caractérisée par la répétition de gestes et de schèmes de pensée à la vitesse grand V. Nous reproduisons souvent, inconsciemment, même lorsque nous pensons être original. L’ultra-spécialisation dans tous les domaines, incluant les arts et la littérature, accentue ce phénomène.
La pratique de la danse m’a appris que plus les mouvements sont rapides, plus ils sont limités dans leur amplitude – c’est une loi de la physique. Nos pensées se comportent de la même manière. Le problème n’est pas la vitesse, qui est stimulante et exaltante, mais sa place importante dans nos rapports sociaux, intimes, économiques, médiatiques. Des rapports fragmentés, pixelisés, morcelés.
L’art permet de recoudre mes morceaux. Je ressens les effets unificateurs durant l’acte de création et en communiant avec les oeuvres des autres. Cela dit, l’art n’est pas pour moi une thérapie, mais certainement une forme de méditation laïque.
Le philosophe Gilles Deleuze, dans un entretien au sujet de la « Recherche du temps perdu » de Marcel Proust: « Le roman de Proust n’est pas sur la mémoire, mais sur le rapport au temps intérieur et le langage des signes. » J’ai apprécié la traversée de cette oeuvre, mais j’ai préféré « Ulysse » de James Joyce, un contemporain de Proust.
Perdre du temps est peut-être un moyen de le dilater tel un élastique que l’on tire à l’infini. La déconnexion de la vitesse grand V et le vertige de la lenteur, voire d’une forme de vide, un voyage exotique dans un temps retrouvé. Ou mieux, un temps inventé.


Publié par girardartiste

Depuis l'enfance je danse, j'écris, je dessine et photographie. Je suis devenue écrivaine, prof de danse (ballet classique, ballet-stretch, country), collagiste et photographe du dimanche. Routarde et aventurière, je suis partie à la découverte du monde avec mon baluchon, un stylo et un appareil photo. J’habite dans la forêt en Mauricie (Québec) avec les loups, les pygargues et mon conjoint.

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